Pourquoi le respirianisme, prônant une alimentation réduite à l’extrême, inquiète

Les adeptes de ce mouvement sont invités à jeûner le plus possible et mettent leur santé en péril…

 Ces dernières semaines, les photos d’un couple étrange sont relayées en boucle sur les réseaux sociaux. Il s’agit d’Akahi Ricardo et Camila Castello, qui s’affichent sur Instagram comme des adeptes du respirianisme, une croyance qui prône une alimentation réduite à l’extrême, une consommation limitée d’eau, afin de se nourrir surtout d’air et de lumière.
Le couple assure ne faire que trois repas par semaine, composés principalement de bouillon de légumes et de fruits. Sur les photos, ils semblent en bonne santé et minces sans être maigres.

Le respirianisme est une théorie portée par Jasmuheen, une Australienne qui prétend pratiquer ce jeûne extrême depuis 1993. Ce mouvement revendiquerait 40 000 fidèles, dont des Français, même si on ne peut les quantifier, comme l’explique Serge Blisko, président de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) : « Nous ne disposons pas de données précises sur la pénétration de ce mouvement sectaire en France, mais c’est un sujet de préoccupation pour nous. Car nous constatons que les deux conférences annuelles de Jasmuheen en France drainent du monde. On surveille d’ailleurs qu’aucun mineur n’y assiste », explique-t-il. Mais impossible pour la Miviludes d’interdire ces manifestations, liberté d’expression oblige. « On peut juste alerter sur les dangers de cette doctrine ésotérique délirante », incite Serge Blisko.

Les mises en garde des médecins

Et si la Miviludes s’inquiète, c’est aussi par ce qu’elle sait que « les réseaux sociaux constituent une énorme caisse de résonance pour ce type de mouvement », déplore Serge Blisko. Avec le risque que le respirianisme séduise encore davantage « de personnes fragiles, en quête de mysticisme, qui pourraient tomber sous l’emprise mentale de ce mouvement ».

Parallèlement à la Miviludes, les médecins mettent aussi en garde contre le respirianisme. « On peut tenir sans manger cinq semaines. Mais à quel prix : on s’affaiblit et on finit par tomber d’inanition. Ce jeûne poussé à l’extrême ne peut en aucun cas être un mode de vie », s’alarme le docteur Jean-Philippe Zermati, nutritionniste et auteurs de plusieurs ouvrages*. Même son de cloche de la part du professeur Eric Fontaine, nutritionniste et président du Collectif de lutte contre la dénutrition : « Avec trois repas par semaine, on peut tenir une année ou deux, mais une personne dénutrie finit par mourir quand elle a perdu la moitié de ses muscles. Le plus souvent d’une infection ou d’un problème cardiaque », indique-t-il. Ce qui est déjà arrivé, puisque plusieurs médias relaient le décès de personnes ayant suivi ce régime.

De multiples conséquences pour la santé

Par ailleurs, le fait que les respirianistes affirment boire très peu, inquiète les médecins : « les besoins hydriques étant d’un à deux litres par jour, une personne qui ne boirait pas assez d’eau se retrouverait très vite en insuffisance rénale », souligne Jean-Philippe Zermati.

Autre danger : les femmes enceintes qui souhaitent s’astreindre à cette pratique pendant leur grossesse. « Si une femme enceinte mange très peu, son bébé va puiser dans les réserves de sa mère, mais il risque de naître avec un très petit poids de naissance. Mais si elle réitère à la seconde grossesse en n’ayant plus de réserves, son bébé risque de naître avec un œdème (gros ventre). Une forme de malnutrition qui vient d’un manque de protéines », note Eric Fontaine.

Tous les respirianistes n’en sont pas

Reste que les respirianistes qui s’exposent le sourire aux lèvres dans les médias sont sujets à caution, comme le martèle Serge Blisko : « Beaucoup d’entre eux trichent et trompent ceux qui sont faibles psychologiquement. Car ils se nourrissent plus qu’ils ne le disent. »

Eric Fontaine remet lui aussi en cause la thèse du couple Akahi Ricardo et Camila Castello, selon laquelle ils ne prendraient que trois repas très frugaux par semaine : « S’il y a dénutrition, les gens maigrissent. S’ils ne maigrissent pas d’un mois sur l’autre, c’est qu’il s’agit de bobards. A moins que les trois repas qu’ils fassent ne soient gargantuesques et leur permettent de rattraper les 2 000 à 3 000 calories qu’ils devraient ingurgiter par jour », affirme-t-il. Un avis partagé par Jean-Philippe Zermati, qui en profite pour rappeler que « le jeûne ne doit être pratiqué que sur une période très courte et avec un encadrement médical. Par ailleurs, ses bénéfices pour la santé n’ont jamais été clairement démontrés. »

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