Sargal, l’émission télé de Didier Awadi qui remet le passé musical africain au présent

CULTURE : L’initiative prise par Didier Awadi, et soutenue par l’Institut français du Sénégal, mérite d’être saluée tant sur le fond que sur la forme : le temps d’un programme bimensuel inédit et innovant baptisé Sargal, le rappeur dakarois joue les traits d’union intergénérationnels en recevant les artistes majeurs de la musique d’Afrique pour les honorer et en faisant revisiter en live leur répertoire. Après une première saison autour de Baaba Maal, Youssou N’Dour ou encore Omar Pene, le périmètre s’élargit pour la suivante. Au programme : Meiway, Zao, Sam Fan Thomas…

RFI Musique : A quoi le téléspectateur ou l’internaute* doit-il s’attendre, lorsque démarre l’un des épisodes de l’émission Sargal que vous présentez ? 
Didier Awadi : Sargal, ça veut dire hommage. C’est une émission qui rend hommage aux grandes voix de la musique sénégalaise et africaine, mais en même temps, c’est un travail sur la conservation de la mémoire. Moitié téléréalité, moitié talkshow, en montrant aussi ce qui se passe “behind the scene”. Comment ça se déroule dès le début ? Après une présentation de l’invité, on décortique un de ses morceaux avec les musiciens du groupe Made in Africa, et on l’amène dans une autre direction. Si c’était un slow, ça peut devenir un reggae. Si c’était un morceau traditionnel, on peut en faire un rock. Une fois qu’on a fait ce travail de réarrangements, l’artiste arrive. Et après qu’on ait discuté avec lui de son parcours exceptionnel, on l’invite à venir découvrir ce qu’une nouvelle génération a préparé pour lui rendre hommage. 

Comment réagissent vos invités à ce moment-là ? 
Chaque fois, c’est une surprise pour eux de découvrir leur chanson réarrangée et jouée par des musiciens qui ont un super bon niveau, sur une belle scène extérieure installée à l’Institut français du Sénégal de Dakar. A ce moment-là, on propose à l’invité de venir réinterpréter le même titre, sans l’avoir répété. Ce sont des moments de grande émotion parce que ça les amène loin. En tout cas, tout au long de cette demi-journée avec l’artiste, on essaie vraiment de l’honorer par tous les moyens. Et le premier moyen, c’est la musique. Embellir, redorer cette musique, l’élever et l’amener dans une autre direction. 

La diffusion de la première saison a débuté en février avec Baaba Maal. Pourquoi votre choix s’est-il arrêté sur lui ? 
Il fallait quelqu’un qui mette tout le monde d’accord, dès le premier coup pour que tout le monde adhère au programme. Et évidemment, Baaba Maal est un excellent client. Il a une vraie histoire de vie à nous raconter. Musicalement, c’est un génie. Donc on a commencé par lui, et ça a bien marché. Au Sénégal, on n’a pas l’habitude de ce type de production, mais j’avais envie de montrer qu’il n’y a pas de raison qu’on n’arrive pas à faire des productions de qualité avec des idées innovantes made in Sénégal. Sargal est faite entièrement par des Sénégalais, en bénéficiant du soutien de l’Institut français du Sénégal.  

Votre casquette d’artiste vous sert-elle à aborder la discussion sous un angle différent avec vos invités ? 
La manière d’amener les entretiens fait que les invités se lâchent. Ils se livrent, ils se mettent à nu, tous avec énormément de générosité, et d’humilité – comme quoi les grands hommes ont ces valeurs-là en commun. Je ne suis pas journaliste, je ne suis pas animateur, je suis juste un artiste qui parle à un collègue. On veut partager des moments vrais. Ce que le téléspectateur voit à la télé, c’est ce que nous avons vécu pendant une demi-journée avec cet artiste. On ne triche pas. C’est pour ça que, quelquefois, on montre mes moments de stress, même si au début je n’étais pas d’accord. 

L’émission est en français. Pourquoi avoir opté pour cette langue ? 
Le choix du français, ça a fait l’objet de longues discussions. Au début, on nous disait que si on voulait avoir beaucoup plus d’impact au Sénégal, il fallait parler wolof. Mais je me suis dit que les Sénégalais regardent bien les matchs de foots commentés en français, et ils comprennent tout. Ils regardent des novelas brésiliennes, mexicaines, c’est en français et ils comprennent tout. Ils regardent même des films hindous et ils comprennent tout ! Donc ce n’est pas parce que c’est en français qu’ils ne vont pas comprendre. Et c’était aussi un moyen de donner sa chance à ce programme pour que, très vite, on puisse passer un cap et avoir une dimension africaine. C’est ce qu’on vient de faire pour la prochaine saison, en faisant venir à Dakar des légendes d’autres pays. Et le français nous aide à toucher un espace beaucoup plus large. 

Pouvez-vous nous donner les noms de quelques-uns de ces invités ? 
Il y a Meiway l’Ivoirien, Sam Fan Thomas du Cameroun, ou encore Zao du Congo, Sekouba Bambino de Guinée… Pour les lusophones, Grace Evora est venu rendre hommage à Cesaria Evora. On a invité aussi des jeunes de la nouvelle génération à donner un second souffle de vie à ces classiques qui sont intemporels : le rappeur Krotal du Cameroun, la rappeuse Nash de Cote d’Ivoire… C’est une émission transgénérationnelle. Je voudrais que toute la famille puisse la regarder. Le papa peut se rappeler le bon vieux temps avec la maman, pendant que les enfants attendent la séquence rap, toastée, ou R&B du même classique de l’époque. Pour moi, c’est important que toute la famille puisse se retrouver. Et que l’on sache que si nous sommes là aujourd’hui, en profitant de cette richesse culturelle et musicale, c’est parce qu’il y a eu des anciens qui ont tracé le chemin. 

Dans un pays comme le Sénégal où la population est majoritairement très jeune, n’est-ce pas aussi un moyen de déringardiser ces artistes ? 
Certains de ces artistes ont connu un succès beaucoup plus grand à l’étranger et souvent, chez eux, on a fait la fine bouche. Il a fallu qu’on ait le retour d’un regard occidental pour qu’on voie leur talent. C’est à nous d’honorer aussi nos champions, et de leur vivant, autant que possible. Une œuvre ne meurt pas. Ce qu’on laisse sur terre, c’est ce qu’on a fait. On n’amène rien dans la tombe. Et quand une œuvre est bonne, il faut la magnifier, la célébrer. N’attendons pas qu’on valide ailleurs le talent de nos génies. Il faut célébrer nos héros et leur donner de la force. 

TW médias / Rfi.fr

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