Vous avez failli, Monsieur le président

CONTRIBUTIONS: Je reprends ma plume en ce dimanche 7 mars 2021 après un long moment de silence.

J’écris le cœur en peine, mais l’esprit clair et lucide. J’écris comme l’ont fait bien d’autres avant moi et comme le feront bien d’autres après moi.

Je m’appelle Ndèye Aminata Dia, je suis née et j’ai grandi au Sénégal. En 2012, j’étais en classe de terminale. Je me rappelle de l’investiture du Président de la République Macky Sall. Étudiante à l’Institution Sainte Jeanne D’Arc, j’étais dans la rue avec les autres personnes assemblées pour l’acclamer lors de son arrivée. Les mois précédents avaient été chargés de tension, de manifestations, de discours tous autant chargés les uns que les autres, condamnant les tentatives du président de l’époque, maître Abdoulaye Wade, de vouloir voler les élections à travers la modification de la constitution pour obtenir un troisième mandat[1].

L’année scolaire était profondément perturbée, comme chaque année scolaire avant cela, mais c’est celle que je remarquais en particulier, car j’avais mon baccalauréat à passer. Une fois ce dernier obtenu, j’avais des perspectives d’études supérieures qui s’offraient à moi qu’ils me tardaient de poursuivre. Alors je priais pour une année « normale ». Sauf qu’il n’y avait rien de normal. Les enseignants étaient en grève continuellement.

Les élèves dans les différentes institutions publiques voyaient leurs cours perturbés, annulés la plupart du temps. Par moment, eux aussi allaient sortir les élèves dans les institutions privées : « pourquoi auriez-vous le droit de faire cours et d’être à l’école alors que nous n’y sommes pas ? » La jeune fille de 17 ans que j’étais à l’époque trouvait cela égoïste et infondé.

J’étais dans une école privée et je ne pensais pas devoir payer pour ce que je considérais à ce moment-là ne pas être de ma responsabilité. Je me rappelle avoir eu des conversations tendues avec des amis, eux-mêmes élèves dans des écoles publiques. Ils essayaient de m’expliquer que si tous les élèves du Sénégal décidaient de témoigner leur solidarité en marquant une semaine sans aller en cours même ceux qui en avaient la possibilité, cela participerait à faire bouger les lignes et interpellerait les autorités sur la nécessité de repenser le système éducatif.

Cependant, je les écoutais sans les entendre. Tout ce à quoi je pensais à un niveau personnel, c’était l’obtention de mon baccalauréat et la peur de l’année blanche qui pesait sur nos têtes. À mon sens, le blâme était celui des enseignants qui en lieu et place d’enseigner n’arrêtait pas de faire des grèves ou encore la faute des parents eux-mêmes qui n’avaient qu’à tous mettre leurs enfants à l’école privée. Mes amis me trouvaient en retour égoïste et sans cœur : « comme si tout le monde avait les moyens de mettre leurs enfants à l’école privée », me rétorquaient-ils. Ce à quoi je m’offusquais en retour bien évidemment : « mes parents à moi ne sont pas riches, mais ils font de mon éducation une priorité ». Eux me rétorquaient encre : « parce que nos parents à nous ne font pas de notre éducation une priorité ? 

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